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日志


6月12日

Boulanger : Agonie d'une crique, naissance d'un scandale

par l'association Maïouri Nature Guyane

« Douces douces les mélopées comme sirop dans nos veines
quand on les chante à l'envers on trouve la vérité. »
Elie Stephenson

A tous ceux qui croient encore qu'orpaillage légal et illégal sont fondamentalement différents du point de vue des dégâts infligés à la nature,

A tous ceux qui croient encore, naïvement, que les orpailleurs "légaux" sont par conséquent respectueux de l'environnement guyanais,

A tous ceux qui croient encore que la DRIRE protège efficacement le patrimoine naturel guyanais, en a la volonté et les moyens.

A tous ceux qui croient encore qu'il y aurait certains orpailleurs légaux exemplaires, comme la CMB par exemple, trop souvent citée comme "meilleur élève de la classe", guère brillante en réalité.

A tous ceux qui croient encore que la "re-végétalisation" si fréquemment brandie comme LE remède miracle, permet d'effacer les innombrables dégâts.

A tous ceux-ci qui vivent encore dans ces illusions, nous conseillerions d'ouvrir un peu les yeux : Réveillez-vous ! Ces imaginations utopiques n'existent que dans la charte de la FEDOMG, dans certains articles bienveillants ou encore dans certaines plaquettes publicitaires alléchantes des compagnies minières. En aucun cas dans la réalité.


Illusions ou mensonges ?

Le fait de jeter, déverser ou laisser s'écouler dans les eaux superficielles, souterraines, directement ou indirectement, une ou des substances quelconques dont l'action ou les réactions entraînent, même provisoirement, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou à la faune, ou des modifications significatives du régime normal d'alimentation en eau ou des limitations d'usage des zones de baignade, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 75 000 Euros d'amende. Extrait de l'Article L216-6 du code de l'environnement.

Un simple coup d'oeil permet de s'en rendre compte, l'endroit est facile d'accès : Sur la route de Régina, 100m après l'intersection de Cacao, il y a un pont sur la crique Boulanger, et même un parking pour s'y arrêter.
L'eau, pour peu qu'on ose encore l'appeler ainsi, n'est plus que boue. La vase jaunâtre a recouvert les bancs de sable clair. De transparent, l'écoulement est devenu opaque. Les rochers sont recouverts de dépôts fangeux et salissants. L'endroit, il y a encore quelques années prisé des pique-niqueurs, était aussi un site d'observation des killies comme le Rivilus Xiphidus (véritable bijou mondialement connu). Il n'offre à présent plus aucun intérêt, le baigneur moyen ayant rarement le goût de ce type de décor :

La crique est morte. Dès sa naissance, au pied du sentier Molokoï, les pelleteuses ont ravagé ses sources, puis son lit : un paysage de guerre :

Empoisonnée à la source, la rivière n'est guère mieux préservée en aval : des millions de mètres cubes de déchets miniers ont été déversés dans l'ancien lit. Le cours d'eau est largement détourné. Les parois bourbeuses sont régulièrement percées par de vieilles barranques qui dégueulent sans cesse leur trop plein limoneux :

La rivière étouffe dans cette nouvelle peau boueuse et artificielle, sous les cadavres végétaux rejetés là par les bulls, la crique boulanger est massacrée :

Ces lessivages continuels des sols boueux et spongieux alimentent de fait un flot d'une turbidité impressionnante. L'érosion continue, les déchets miniers se dissolvent peu à peu et alimentent en permanence le cours d'eau. La vie aquatique est détruite, les poissons disparus, la flore éradiquée. Les martins-pêcheurs sont mystérieusement absents.

Non, ce n'est pas "une averse", la situation dure maintenant depuis plusieurs années. Non, ce n'est pas un ruissellement ponctuel. Légaux ou illégaux, les sites même arrêtés continuent à polluer pendant des années.

Parlons de la "réhabilitation"… Au vu de l'état de cette mine du "meilleur élève de la classe", après exploitation, on aurait plutôt tendance à penser à une vaste escroquerie consistant à endormir l'esprit crédule avec de jolis termes. A faire croire que les sites d'orpaillage, lorsqu'ils sont légaux, redeviennent forêt primaire rapidement.

Dans les faits, les centaines d'hectares bordant la crique Boulanger sont un immense terrain vague offrant comme seule végétation quelques touffes d'herbe éparses. Sur des kilomètres et des kilomètres, sol et végétation sont détruits.
Effectivement, pas de traces de carbets clandestins ou de vielles barges coulées. Mais ce spectacle là est-il plus réjouissant ?

"Ayez confiansssssss…" dirait l'autre.

Cette pseudo "re-végétalisation" n'est, en attente de preuve du contraire, qu'un écran de fumée qui dure depuis une dizaine d'année. Une collection d'expérimentations, appliquées ou non selon le bon vouloir du minier. C'est si pratique d'avoir quelques chercheurs qui amusent la galerie en expérimentant sur quelques hectares pendant qu'on continue de ravager…

Efficace ? Rien ne le prouve, et surtout pas ces images.
Non, pour l'instant, ON NE SAIT PAS révégétaliser à grande échelle, on ne sait pas réparer ces dégâts qui, s'ils sont certes bien moindre que ceux des clandestins par mètre carré travaillé, sont BIEN PLUS GRAVES au vu de la surface impactée (déforestation, lessivage, érosion, impact sur le réseau hydrographique…). La région de Maripasoula doit d'ailleurs se préparer à trembler face à l'arrivée d'une autre multinationale canadienne, qui prévoit une mine de plusieurs milliers d'hectares.

Sans compter, évidemment, sur le fait que les miniers eux-mêmes tentent pour certains de se placer sur un marché qui pourrait devenir porteur (récoltant les budgets que l'état aura accordé pour réparer leur propre destruction). Tout le contraire du principe "pollueur payeur", ici, on est dans le monde du principe "Miniers pollueurs, citoyen payeur". Avec à ce jour, encore et toujours une taxe minière scandaleusement basse à 0,5% au regard du cours d'or à ses plus hauts sommets historiques. A quand la taxe sur l'or à 20%. Que nous autres, Guyanais, profitions au moins un peu des ravages causés au pays ?

Non, l'orpaillage légal n'est pas propre. Si CMB est exemplaire, à quoi peut-on s'attendre des autres compagnies légales ?

Et la DRIRE dans tout ça ? Quand fera t'elle vraiment respecter la loi ? Quand jouera t'elle vraiment son rôle de gendarme de l'eau. Qu'a-t-on pu voir de concret ? De belles mises en demeure avec de bien jolis mots :

"Les déchets et résidus produits doivent être stockés dans des conditions ne présentant pas de risques de pollution (prévention d'un lessivage par les eaux météoriques, d'une pollution des eaux superficielles et souterraines) pour les populations avoisinantes et l'environnement".

Mais pour quel résultats ?

Même si l'on peut reconnaître une légère évolution de la DRIRE ces derniers mois, passant d'un laxisme total à un "accompagnement" plus sourcilleux, quand verra t'on cette administration appliquer le code de l'environnement (1) et sanctionner quand il le faut ?

Montrer les gros yeux, c'est bien, mais faire appliquer la loi, c'est mieux.

Plus précieux que l'eau…
 

(1) Article L216-6 du code de l'environnement :
Le fait de jeter, déverser ou laisser s'écouler dans les eaux superficielles, souterraines, directement ou indirectement, une ou des substances quelconques dont l'action ou les réactions entraînent, même provisoirement, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou à la faune, ou des modifications significatives du régime normal d'alimentation en eau, est puni de deux ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Lorsque l'opération de rejet est autorisée par arrêté, les dispositions de cet alinéa ne s'appliquent que si les prescriptions de cet arrêté ne sont pas respectées.
Le tribunal peut également imposer au condamné de procéder à la restauration du milieu aquatique dans le cadre de la procédure prévue par l'article L. 216-9.
Ces mêmes peines et mesures sont applicables au fait de jeter ou abandonner des déchets en quantité importante dans les eaux superficielles ou souterraines.


Association Maïouri Nature Guyane
Juin 2008
maiouri.nature@gmail.com

+ d'infos sur l'association Maïouri Nature Guyane

6月6日

La rage en Guyane sur RFI

Questions autour d'un décès dû à la rage

par Frédéric Farine

Article publié le 05/06/2008 Dernière mise à jour le 06/06/2008 à 08:48 TU

Fabrice Laurencin, un Guyanais de 42 ans est mort de la rage, mardi 27 mai à l'hôpital de Cayenne. Une enquête administrative a été lancée au sujet des conditions de sa prise en charge par l'hôpital, l'intéressé ayant été plusieurs fois refoulé du service des urgences. Le virus de la rage trouvé par l'Institut Pasteur a pour origine une chauve-souris « vampire ». C'est la première fois depuis 1924 qu'un être humain meurt d'une rage contractée sur le territoire français.

« Tiens, encore toi ! ? C'est ce que l'accueil des urgences de l'hôpital a dit à Fabrice lorsqu'il est revenu une troisième fois ». Gaëtane Clet-Léonço ressasse cette anecdote douloureuse. A ses côtés, son concubin acquiesce. Le 27 mai dernier, le fils de Gaëtane, Fabrice Laurencin, 42 ans, est décédé à l'hôpital de Cayenne. Ce n'est que le lendemain de sa mort que l'Institut Pasteur, à Paris, a trouvé le virus de la rage dans une biopsie cutanée et des prélèvements de salive effectués sur l'intéressé à Cayenne.

Auparavant, entre le 14 et le 19 mai, Fabrice Laurencin, en dépit de divers examens, avait été éconduit à trois reprises du service des urgences de l'hôpital de Cayenne, alors que son état se détériorait, selon ses proches. « Il est resté chez moi du 15 au 19 mai. Il avait les yeux jaunes et exorbités. C'est comme s'il était devenu un vieillard, il n'arrêtait pas de vomir de la bile. Il disait qu'il avait mal partout, pleurait de douleur, recroquevillé sur le fauteuil. A la maison, il voulait du calme, pas de musique, pas de télé. Je faisais l'infirmière », raconte Line, la compagne du défunt.

Le 20 mai, la famille le conduit une quatrième fois aux urgences, en compagnie du président du Conseil général Alain Tien-Liong. « Fabrice était un pote, raconte l'élu guyanais. J'ai dû insister et même menacer l'institution pour qu'il soit hospitalisé. Il ne marchait plus et était quasi-inconscient. Le médecin me disait qu'il n'y avait plus de lit ». Finalement hospitalisé ce soir là, Fabrice Laurencin est conduit au service de réanimation où il sombre dans un coma dont il ne sortira plus.

Au sujet de la prise en charge, le directeur de l'hôpital, Pierre Pauchard avance une autre version :  « Selon les médecins, il n'y avait pas, dans un premier temps, de signe clinique qui pouvait justifier une hospitalisation. La quatrième fois où il est venu, il était plus faible et l'une des données de son tableau clinique avait évolué. Le chef de service a estimé que l'hospitalisation s'imposait ». Pourtant, la mère du défunt soutient que, dès le 15 mai, un médecin libéral lui avait remis une note pour les urgences demandant une hospitalisation de son fils ou, à défaut de lit disponible, de l'accueillir en psychiatrie. Interrogé sur ce point le directeur de l'hôpital glisse : « Je ne peux pas répondre à cette question car cela figurera ou ne figurera pas dans le rapport administratif. C'est un élément important et je ne peux donc pas me prononcer ». Le « rapport » en question est une enquête administrative en cours, annoncée le 31 mai aux médias par le directeur de cabinet du préfet. Elle porte notamment sur les conditions de la prise en charge du malade par l'hôpital.

Une sérologie avait révélé que 100 % de chauves-souris avaient des anticorps de la rage

Le 29 mai, au lendemain de la confirmation du cas de rage, André Spiegel, directeur de l'Institut Pasteur à Cayenne a rappellé que « la rage est toujours mortelle pour l'homme. Toutefois, se faire vacciner dans les jours suivant une morsure par un animal enragé permet d'échapper à la maladie ». Ce jour là, les autorités de Guyane ont révélé que le virus qui a tué Fabrice Laurencin provenait d'une chauve-souris « vampire ». Sur la planète, on n'a trouvé que trois espèces de ce mammifère qui se nourrit de sang et uniquement en Amérique tropicale. Deux des trois espèces de « vampires » ont été trouvées en Guyane.

Par le passé, le décès d'un chien dû à la rage à Cayenne, le 29 janvier 2003, avait déjà préoccupé les autorités. Le virus avait aussi pour origine une chauve-souris vampire. Une mission d'étude avait donc été mise en œuvre : du 17 mars au 11 avril 2003, deux scientifiques du CNRS avaient capturé des chauves-souris en dressant des filets autour d'élevages de poules, de bovins, de moutons ou de chevaux. Selon Jacques Barrat, responsable du diagnostic de la rage à l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) « une sérologie réalisée sur 34 individus dont 21 vampires avait révélé qu'aucun n'avait le virus de la rage mais qu'en revanche, 100% avaient des anticorps. C'est donc que ces 34 chauves-souris avaient été en contact avec le virus ou un antigène du virus ».

A l'issue de cette mission, une réunion à Paris à la Direction générale de l'alimentation (DGAL) sur le thème de la rage en Guyane, avec notamment un représentant des ministères de l'Ecologie, l'Afssa, le CNRS et la Direction des services vétérinaires (DSV) de Guyane avait préconisé la « poursuite d'une mission épidémiologique ». Une recommandation restée sans effet. « Cela a été une question de moyens et de choix. En ce moment, on rediscute de la possibilité d'une étude car on manque de connaissances sur la biologie des vampires »,  admet Jacques Barrat. Pour sa part, le 14 janvier dernier, le ministère de l'Agriculture a donné 6 mois aux propriétaires d'animaux domestiques de Guyane pour les faire vacciner contre la rage.

« On a failli passer à côté d'un cas de fièvre jaune en 1998 »

Aujourd'hui, les autorités cherchent  à savoir comment Fabrice Laurencin a pu être infecté. « Il y a deux options. Soit il a été mordu par une chauve-souris vampire enragée durant son sommeil. Soit, mais c'est beaucoup plus improbable, un animal carnivore, contaminé par une chauve-souris, a pu lui transmettre la rage », explique Nicolas Krieger, directeur de la DSV de Guyane.

Selon Jacques Barrat, un article d'une revue scientifique écrite en espagnol signalerait qu'en Amérique latine, un chat infecté par un vampire aurait transmis le virus à un autre être vivant. Selon ses proches, Fabrice Laurencin avait été griffé deux mois auparavant par un de ses chats, mort deux jours après. La piste des animaux domestiques du défunt n'est donc pas rejetée. Vendredi 30 mai, ses deux chiens qui vivaient chez une amie à Rémire-Montjoly ont été euthanasiés par les services vétérinaires. On veut savoir s'ils ont pu être infectés, à l'instar d'un chien mort qui a été déterré du jardin de la mère de Fabrice. « Les résultats des prélèvements ne seront pas connus avant la fin de cette semaine voire le début de la prochaine », estime Nicolas Krieger.

En Guyane, des médecins se demandent si d'autres cas humains de rage n'auraient pas échappé aux autorités de santé : « Nous avons pas mal de cas de méningo-encéphalites à l'hôpital et des décès qu'on n'explique pas. Va-t-on toujours rechercher la rage à Paris avec les tests les plus performants ? », s'interroge Dominique Louvel, praticien hospitalier. « Une batterie de tests recherche la rage depuis plusieurs années en cas de méningo-encéphalite », répond Françoise Ravachol, médecin inspecteur à la Direction de la santé.

Pour un autre médecin de l'hôpital de Cayenne : « Il fort est possible que des cas humains de rage aient pu nous échapper. Il y en a dans l'Etat voisin du Brésil, en Amapa. Chaque année, nous avons des morts qui ne passent pas par l'hôpital. Ils ne sont même pas toujours déclarés et sont enterrés chez les Amérindiens du Haut-Oyapock (frontière du Brésil) ou dans les villages amérindiens et Bushinengués (descendants de noirs marrons) du haut Maroni (frontière du Surinam). En 1998, on a failli passer à côté du dernier cas de fièvre jaune répertorié en Guyane. La personne décédée (une amérindienne du haut Maroni) avait eu des maux de tête, vomissements, fièvre et un test positif au paludisme. Et puis un médecin du service de réanimation a eu l'idée de faire une carotte dans le foie qui a révélé la fièvre jaune… »